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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 07:39

    cdt marcel coadou 2b

 

Article en cours de rédaction

 

Comme évoqué dans le 1er chapitre consacré à la période 1914-1919, Marcel Coadou, malgré sa très forte envie de rester dans l'aéronautique militaire, est rendu à la vie civile le 15 Octobre 1919.

Du jour au lendemain, il se retrouve seul (ses parents sont décédés), sans domicile et sans indemnité de démobilisation. Il part en quète d'un emploi et se voit pour cela contraint d'acheter un costume à crédit !

Dessinateur industriel de formation, il trouve un poste de directeur technique et commercial d'un atelier de décolletage et de fabrication de bougies d'allumage pour moteur à explosion.

Mais son goût pour l'aviation ne l'a pas quitté. Dès Octobre 1922, il réalise une période volontaire dans l'aviation militaire sur la base d'Orly. Il volera à cette occasion sur Caudron G3. Réserviste, il est nommé lieutenant le 6 Janvier 1922. 

Décidé de vivre de sa passion, à la fin de l'année 1922, il entame la formation de pilote de transport public, passe les épreuves pratiques et théoriques à Paris et obtient la délivrance de cette qualificattion sous le N° T.P. 0739 le 12 Février 1923.

Il entre à la compagnie Franco-Roumaine de navigation aérienne qui existe depuis le 23 Avril 1920 et qui fût la première compagnie internationale de transport aérien créée dans le monde.   Franco-Roumaine

                                                  Affiche de la compagnie Franco-Roumaine 

 

Dès le 20 Février, il commence les vols d'entrainement sur SPAD, et sera confirmé dans ses fonctions après des voyages de poste entre Le Bourget et Strasbourg.

M. Coadou est affecté à la ligne Prague-Varsovie et volera la plupart du temps sur Potez VII, avion qui peut transporter deux passagers.

Après plus de 90 vols sur cette ligne, il est subitement licencié en Novembre 1923 pour avoir refusé de convoyer de Varsovie à Paris un Potez VII à bout de souffle, et ce d'autant qu'il avait contracté une pleurésie au cours d'un survol des Carpathes à plus de 2000 mètres d'altitude (à l'époque, le pilote était encore à l'air libre dans son cockpit).

Fatigué par sa maladie, il décide de rentrer en Bretagne pour se rétablir et accepte un poste de directeur technique et commercial à la Sté anonyme des carrières de granit de l'Ile-Grande près de Plemeur-Boudou.

Dès le mois d'Août 1924, il effectue à nouveau tous les ans des périodes volontaires dans l'aéronautique militaire, toujours à la base d'Orly.

A la fin de l'année 1929, il démissionne de son poste de directeur technique, une clause de son contrat n'ayant pas été respectée.

En 1931 il accomplit avec un Farman 232 un tour de France avec un passager, prouvant ainsi que les progrès de la navigation aérienne, notamment sur la fiabilité des moteurs, ne nécessitaient plus la présence d'un mécanicien à bord.

Préssentant le développement de l'aviation de tourisme, il décide de créer à Saint Michel en Grève une station aérienne. Ayant obtenu les autorisations préfectorales le 4 Juillet 1931, il construit sur la grève un hangar qui abritera un puis deux et enfin trois avions école.

Le président de l'aéroclub sera le général d'aviation Keller, Marcel Coadou étant vice-président et chef pilote.     

St Michel en Grève . Aérobar 1c

                   le Farman 232 de M. Coadou devant le club house de l'aérodrome     

Un club house est construit, et au fil des ans, l'aérodrome se développera sous l'impulsion de M. coadou qui apprend l'art du pilotage à de nombreux élèves.

Ayant effectué chaque année des périodes en tant que réserviste, il est nommé capitaine le 25 Décembre 1931.

En 1932, il renouvelle la performance de réaliser un tour de France avec passager, toujours sur Farman 232.

La première élève a être lachée en solo s'appelle Sabine Leyritz. Elle deviendra l'épouse de Marcel Coadou. Passionnée elle même par le pilotage, elle sera également instructeur et apprendra le pilotage à de très nombreux élèves.

Jusqu'en 1937, Marcel Coadou effectuera des centaines d'heures de vol sur son Farman immatriculé F.ALLS, et organisera chaque été sur l'aérodrome un meeting aérien très apprécié des habitants de la région. 

Après avoir été élevé au grade d'officier de la légion d'honneur le 30 Décembre 1934, il est décoré, sur le terrain de St Michel en grève le 13 Septembre 1937, de l'ordre de commandeur de la légion d'honneur des mains du général Keller pour services exceptionnels.

légion d'honneur.2b                   Remise de l'ordre de commandeur de la légion d'honneur par le général Keller 

Sous l'injonction du général d'armée, commandant en chef de l'armée de l'air, M. Coadou est réintégré, à 40 ans, au service actif pour une durée de deux ans le 27 Décembre 1937.

Il est affecté au 1er groupe de la 2ème escadre d'aviation légère de défense basée à Chartres. Ce groupe, qui réunit les deux plus célèbres escadrilles de chasse de l'armée de l'air la SPA 3 dite de Guyenemer et la SPA 103 dite de Fonck, prendra en 1939 l'appellation groupe de chasse 1/2. M. Coadou est nommé adjoint du capitaine Daru, commandant du 1er groupe.

Dès le 30 Décembre, il effectue quelques vols à la section d'entrainement, puis à partir du 10 Janvier 1938 il vole sur Dewoitine 500 qui équipe le groupe à cette époque. 

Il volera régulièrement sur ce type d'avion jusqu'en Avril 1939. Ce mois la, le groupe commence à percevoir le monoplace de chasse le plus moderne de l'armée de l'air, à savoir le Morane Saulnier 406, qui s'avérera complétement dépassé en 1940 face aux Messerschmitt 109.

Chartres.2b

                            M. Coadou devant les premiers MS 406 perçus par le GC 1/2

Il est laché sur MS 406 le 20 Avril 1939. Tous les mois, malgré la charge administrative de sa fonction, il effectue de nombreux vols. Le 14 Juillet, avec le reste du groupe il participe au défilé aérien.

Le 27 Août, le GC 1/2 décolle de Chartres pour se rendre sur son terrain d'opérations, Beauvais-Tillé dans l'Oise. Le groupe fait partie du groupement de chasse 21 chargé entre autres de la couverture aérienne de la région parisienne.

Le 3 Septembre la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne. La veille, M. Coadou a été promu au grade de commandant.

Au printemps 1939 avait été lancé une grande souscription nationale afin d'offrir à l'armée de l'air une escadrille de chasse supplémentaire. C'est le groupe de chasse 2/7 qui avait été choisi pour recevoir les Morane Saulnier achetés avec l'argent récolté. Le GC 2/7 a bien officiellement réceptionné les MS 406 flambants neufs, mais comme il était déjà équipé de ce type d'appareil, les avions seront reversés en Octobre au GC 1/2. Souscription nationale oblige, chaque avion porte un nom d'une province française.

Marcel Coadou, breton de naissance, décide de s'attribuer le MS 406 baptisé Bretagne. Il s'agit du N°438 qui devient l'avion officiel de M. Coadou.

26 Octobre 1939.2                             le commandant Coadou à côté de son MS 406 baptisé Bretagne 

Du 5 au 15 Décembre, Marcel Coadou se rend avec 10 jeunes pilotes à Moronvilliers, près de Mourmelon dans la Marne, afin qu'ils y effectuent une campagne de tirs. La météo étant extrèmement mauvaise, cette période sera essentiellement consacrée à des essais en vol. Ils seront tous de retour à Beauvais le 19 Décembre.

Le groupe de chasse 1/2 reçoit le 27 Janvier 1940 l'ordre de se rendre sur le terrain de Xaffévillers dans les Vosges. Les pilotes sont ravis de quitter l'Oise, secteur bien trop calme à leur goût.

En fait, compte tenu des conditions climatiques, le groupe ne décolle que le 13 Février pour attérir non pas sur le terrain Xaffévillers, impraticable à cette période, mais à Velaine près de Nancy.

C'est à partir de ce terrain que Marcel Coadou effectuera sa première mission de guerre en participant à la protection de deux Potez 63 de reconnaissance.

27 Février 1940, le groupe 1/2 peut enfin se rendre sur le terrain de Xaffévillers.

Malgré l'état exécrable du terrain, des missions sont effectuées.

M. Coadou en réalisera trois au cours du mois de Mars. Le 4, il participe à la protection d'un Potez 63, le 10 pendant 1h30 il effectue une protection du terrain et le 24 il réalise à nouveau une mission de protection d'un Potez 63.

Le 11 Avril, nouveau changement de terrain pour le groupe de chasse 1/2 qui se déplace à Toul-Ochey (Meurthe-et-Moselle).

La première mission de guerre à partir de ce nouveau terrain sera pour M. Coadou le 20 Avril et consistera à protéger un Potez 63.

Le 22, au cours d'une mission de protection de deux Potez 63, la patrouille composée du Cdt Coadou, du Cne Hyvernaud et du S/Lt Dubonnet voit passer sous elle un Dornier 17. Chacun des pilotes attaquera l'avion allemand qui pourtant arrivera à rejoindre ses lignes.Williame2

le capitaine Williame (en tenue de vol) devant son MS 406. Commandant la 1ère escadrille (SPA 3), il a signé chaque mois à partir de Janvier 40 le carnet de vol de M. Coadou qui volait la plupart du temps avec cette escadrille.

10 Mai, déclenchement de l'offensive allemande. Marcel Coadou effectuera ce jour la une mission de protection du terrain sur alerte. 

Le groupe 1/2 est déplacé le 14 Mai sur le terrain de Damblain en Haute-Marne, celui de Toul-Ochey étant jugé trop exposé.

Devant l'avance allemande, le groupe partira le 13 Juin pour Dijon-Longvic pour dès le 15 changer pratiquement chaque jour de terrain. Le jour de l'armistice, il se trouve sur le terrain de Nimes-Courbessac.

Entre le 10 Mai et le 25 Juin, Marcel Coadou n'effectuera plus, à son grand regret, de mission de guerre.

Le groupe de chasse 1/2 sera officiellement dissous le 20 Août 1940.

Entre temps, plusieurs citations sont venues honorer les pilotes du groupe. Marcel Coadou est cité le 14 Juillet à l'ordre de la division : "Pilote de guerre 1914-1918 au cours de laquelle il avait obtenu 9 victoires. A repris sa place dans un groupe de chasse où il est resté durant toute la campagne 1939-1940, faisant preuve d'un allant qui ne s'est jamais démenti. A fait profiter les pilotes de son unité de son expérience tout en donnant lui même un exemple soutenu au cours de patrouilles de chasse auxquelles il a participé."   Cette citation s'accompagnait de l'attribution de la croix de guerre avec étoile d'argent.

Il est officiellement démobilisé le 24 Août, et retourne contraint à la vie civile.

M. Coadou, avant de rentrer dans sa Bretagne natale, se met à la recherche de sa femme et de ses enfants partis, comme des millions de français, sur les routes de France devant l'avancée des armées allemandes.

Après un mois de recherche, il les retrouve et retourne dans sa propriété de Trébeurden qu'il découvre occupée par des officiers allemands. Par respect pour le combattant de l'air qu'il était, sa chambre ainsi que celles de ses enfants lui sont rendues, mais la cohabitation lui sera très pénible.

La présence des allemands ne l'empèche pas en 1943 et 1944 de fournir à la résistance des renseignements sur les défenses côtières des régions de Ploumanach, Trégastel, Plemeur Bodou et Trébeurden.

En Octobre 1944, à 47 ans, il parcourt en vélo les 540 km qui séparent Trébeurden de Paris afin de se présenter au ministère de l'air espérant être réintégré dans l'armée de l'air. En vain !

Ayant vendu sa propriété, ravagée par la guerre, M. Coadou habite quelques années à St Germain en Laye, puis en 1948 décide de s'installer dans le Var à Boulouris à côté de St Raphaël. 

Très vite, il fréquente l'aéroclub de Fréjus-St Raphaël et y deviendra rapidement, ainsi que son épouse, pilote instructeur. Ils seront tous les deux les principaux animateurs de l'aéroclub et formeront des centaines de pilotes.

Le 14 Janvier 1954, il est décoré de la médaille d'honneur de l'aéronautique (médaille d'argent).

Marcel Coadou ne prendra sa retraite qu'en Juillet 1968 à l'âge de 71 ans !

Le 11 Novembre 1981, il participe à l'ultime rassemblement international des As de la 1ère guerre mondiale.

Il s'envole définitivement pour le paradis des pilotes le 22 Octobre 1985.

Une place de St Raphaël et une rue de Lannion portent son nom associé à jamais à la passion de l'aviation, au courage et à l'amour de la patrie.

 

Article rédigé grâce à  Michelle Coadou (fille ainée du pilote) et Jean-Claude Rougier que je remercie chaleureusement pour m'avoir permis de consulter les archives de M. Coadou.

Reproduction totale ou partielle de l'article interdite sans autorisation préalable. 

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commentaires

Rouget Le Helloco Christine 19/09/2014 21:55

Contente de lire cet article sur une partie de la vie de M. Coadou que j'ai rencontré un été à MS 406 !!!
Cordialement.